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Les spécialités en Médecine Dentaire :
un risque pour les dentistes généralistes ?

De nombreux dentistes se
posent des questions à propos de la reconnaissance officielle des
spécialités en Art Dentaire (orthodontie et parodontologie). Nous avons
interviewé Michel Devriese, membre du Conseil de l'Art Dentaire pour lui
poser les questions les plus significatives.
Pourquoi a_t-il été
dit, qu'à l'avenir, seul les praticiens porteurs d'un titre
professionnel particulier auraient accès au remboursements
pour leurs patients ?
MD : Cette
disposition - qui doit encore être publiée - est liée au système de
Numerus Clausus et aux quotas de la Planification. En effet, jusqu'à
présent, pour pratiquer l'Art Dentaire, le diplôme de licencié visé par
la Commission Médicale Provinciale suffisait. Il est dit dans les textes
à propos des TPP (titres professionnels particuliers) que seuls les
porteurs d'un titre ont accès à un exercice autonome. Il a été
jugé utile, afin de clarifier les choses, que cela signifierait qu'à
l'avenir il faudrait être porteur d'un titre pour avoir accès aux
remboursements.
Faut-il s'en inquiéter ? Je
voudrais rappeler que tous les dentistes sont porteurs du Titre
professionnel Particulier de Dentiste Généraliste depuis le premier juin
2002, et donc que tous les praticiens dentistes généralistes ont
accès à toute la nomenclature.
Faudra t'il être
porteur du titre de dentiste spécialiste en orthodontie pour avoir accès
aux remboursements d'orthodontie ?
MD : Non.
Le dentiste généraliste garde l'accès à l'ensemble de la
nomenclature, y compris l'orthodontie.
Par contre, le spécialiste
doit limiter son activité au champ d'activité de sa spécialité. Plus
question pour un spécialiste en orthodontie de faire encore un
soin conservateur ou un soin préventif comme un sealant ou un
détartrage.
Va t'on évoluer vers
une nomenclature différente pour les spécialistes et les généralistes ?
MD : Il est
tout à fait prématuré d'envisager cela pour le moment. Dans l'état
actuel des choses, ceci est la compétence de la Commission Nationale
Dento-Mutualiste. Et ce concept de nomenclature différenciée n'est
absolument pas à l'ordre du jour de la Dento-Mut.
Actuellement, les accords
tarifaires qui sont régis par la Dento-Mut exigent une majorité sur le
banc mutualiste ainsi que sur le banc dentaire. Le banc dentaire est
composé d'associations représentant l'ensemble des dentistes, tant
généralistes que spécialistes. Je vois mal le banc dentaire accepter une
nomenclature différenciée, tant les généralistes sont dominants en
nombre au sein de la profession.
Notre refus d'un tel
scénario n'est pas dogmatique. Il est basé sur le respect des droits
acquis des praticiens actuellement en exercice. Un praticien qui exerce
une carrière où il partage son activité entre 50 % de dentisterie
générale et 50 % d'orthodontie a le droit de poursuivre et terminer sa
carrière en toute sérénité.
Il s'agit donc de laisser du
temps au temps. Il est impératif que les droits de ces praticiens et de
leurs patients soient préservés.
A cet égard, les
associations de spécialistes ont adoptés des positions contrastées. En
ce qui concerne les orthos, une association (majoritairement flamande) a
- par le passé - adopté une position fort revendicatrice qui nous
déplaisait. Par contre, l'UFOSBe ( l’association des orthodontistes
francophones ) a bien compris notre point de vue et le respecte. L'UFOSBe
a adopté une attitude tout à fait raisonnable à ce propos.
En ce qui concerne la
parodontologie, la Société Belge de Paro nous semble revendiquer surtout
la création d'une nomenclature paro de base mais accessible à l'ensemble
des praticiens généralistes comme spécialistes.
En effet, nous verrions mal
une nomenclature réservée aux seuls spécialistes en parodontologie,
quand on sait que seuls 15 à 20 dentistes accèderont à ce titre dans la
partie francophone du pays.
Aux praticiens généralistes
de se montrer critiques face à l'attitude des Universités,
d'Associations de spécialistes et leurs Membres qui
adopteraient des attitudes contraire à leurs aspirations.
Par contre, nous soutenons
l'idée de créer un seul code accessible aux spécialistes, à savoir un
code de consultation pour spécialiste différent de la consultation du
généraliste. A l'instar de ce qui existe en médecine. Et différenciation
qui existe déjà pour les dentistes lsd et les quelques
"médecins-dentistes" encore en activité.
Tout éventuel projet de
nomenclature différenciée ne devrait se construire qu'avec le garde-fou
d'une planification sur le très long terme afin que les
praticiens puissent savoir à quoi s'en tenir.
Actuellement, la
nomenclature est l'affaire de la Dento-Mut au sein de l'INAMI. Les
accords tarifaires portent sur 2 années. Actuellement est en cours
l'accord 2003-2004.
Vous voulez dire que
tant que les Accords à l'INAMI existent, le garde-fou subsiste ?
MD : Exactement
! Et nous déplorons le manque de sens des responsabilités de ceux qui
poussent à abandonner le système conventionnel actuel. Pour le remplacer
par quoi ? La privatisation et l'aventure ? Je dis : DANGER!
On a déjà vu le jeu très
contestable des Mutuelles dans le cadre de la couverture de
l'orthodontie via les Assurances Libres Complémentaires ... On connaît
aussi tous les dangers du "Managed Care" et de leurs "Preferred
Providers"
Toutefois, j'estime qu'il
faut absolument éviter de se déchirer entre dentistes généralistes et
spécialistes comme on le voit parfois au niveau de la médecine.
Evidemment, le rapport de
force n'est pas le même entre généralistes et spécialistes chez les
médecins et chez les dentistes. Chez nous, les spécialistes sont très
minoritaires alors qu'en médecine ...
Non, nous devons nous unir
entre généralistes et spécialistes pour éviter de tomber dans ce piège.
Nos ennemis aimeraient trop que nous nous déchirions.
C'est pourquoi un dialogue
constructif doit exister entre généralistes et spécialistes pour
respecter les droits de tous et faire avancer notre profession tous
ensemble. La Société de Médecine Dentaire travaille en ce sens.
Actuellement, et même depuis
des années, il y a déjà des spécialistes de fait en orthodontie et en
parodontologie. Les relations individuelles des généralistes avec
"leurs" spécialistes sont excellentes. Il n'y a aucune raison que le
cadre législatif change ces rapports.
Dans un autre ordre d'idée,
on constate une tendance naturelle à la spécialisation. Ainsi, on
enregistre depuis plusieurs années une diminution lente du nombre de
praticiens "touchant" à l'orthodontie. Cela montre une tendance
spontanée à la spécialisation. Bien sûr certains diront que c'est une
conséquence des lacunes de la formation universitaire en orthodontie.
Certains parleront de politique délibérée de la part des Universités.
Il y a 40 ans, les médecins
généralistes étaient encore nombreux à pratiquer les accouchements.
Est-ce encore le cas aujourd'hui ? L'Art de guérir et l'Art Dentaire se
sont tellement développés ces dernières années qu'il me semble
présomptueux pour un praticien de dire qu'il excelle encore dans tous
les domaines.
Nous avons en mémoire des
exemples de quelques praticiens qui excellent en combinant des
spécialités : ortho-pédo, ortho-paro, stomato-prothèse, paro-prothèse,
... Nous regretterons que ces (rares) combinaisons seront plus
difficiles à l'avenir tant ces praticiens ont apporté le fruit de leur
expérience à l'ensemble de notre profession.
Mais je le répète : laissons
du temps au temps.
J'espère que TOUS, y compris
les Universitaires prendront en compte tous ces aspects à respecter dans
la création des spécialités.
Qu'en est-il du
cumul du titre de stomato avec une spécialité dentaire ?
MD : c'est
exact que certains ont émis l'hypothèse d'un cumul possible entre le
titre de stomato et celui d'une spécialité dentaire. Nous sommes opposés
à ce scénario. S'il se produisait dans un seul cas, notre position
serait : Un, nous nous y opposerions farouchement. Deux, il n'y aurait
plus de raison d'interdire le cumul du titre de dentiste généraliste et
celui de spécialiste.
Ne pourrait-on pas
introduire ce cumul possible pendant une période transitoire ?
MD :
c'est
une solution avancée par certains. Elle ne nous paraît pas répondre à
l'esprit qui a prévalu jusqu'ici dans la création de spécialités. Pour
rappel, le titre de spécialiste en orthodontie fait suite à une
directive européenne. Le titre a été publié au Moniteur Belge ...en 1991
!! Il a fallu douze ans pour le concrétiser. Nous sommes le seul pays
d'Europe aussi en retard en cette matière. Cela pose d'ailleurs problème
depuis 20 ans aux diplômés en orthodontie de nos universités pour
s'implanter comme orthodontistes à l'étranger.
Cette éventuelle mesure
transitoire devrait rester en vigueur plus de 30 ans pour permettre à
ces praticiens "mixtes" d'achever leur carrière.
Cette solution ne
nous semble pas la meilleure.
Toutefois, il faudrait
envisager cette solution si d'aucun cherchait à dénaturer l'accord
obtenu au Conseil de l'Art Dentaire lors de la création des spécialités.
Votre sentiment, en
conclusion.
MD : Ces
matières sont complexes. Tellement complexes que certains jouent la
manipulation des textes. J'estime qu'il faut "réussir" ce défi. Essayons
de construire positivement l'avenir de notre profession plutôt
que de traîner les pieds.
Toutefois, la vigilance est
de mise afin que soient respectés les droits de tous. La Société de
Médecine Dentaire y est plus qu'attentive.
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